Collectif Ethique sur l’étiquette
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Industrie textile au Bangladesh : les victimes attendront pour être indemnisées

Communiqué de presse du 13 septembre 2013

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Seulement 11 des 30 entreprises et distributeurs qui ont été identifiés comme ayant sous-traité une production dans les usines de Tazreen et du Rana Plaza ont participé aux réunions sur l’indemnisation des victimes, organisées sous l’égide de l’Organisation internationale du travail (OIT) les 11 et 12 septembre à Genève. Les principaux groupes ont décidé de ne pas s’y rendre, au mépris total des 1 900 blessé-e-s et des familles des 1 200 ouvriers et ouvrières qui ont trouvé la mort en fabriquant leurs produits.

La Secrétaire générale adjointe de la fédération syndicale IndustriALL Monika Kemperle a déclaré : “Les consommateurs seront choqués d’apprendre que presque six mois après le drame du Rana Plaza, une seule enseigne a fourni une indemnisation aux victimes. Je respecte les entreprises qui sont venues mais je ne peux pas comprendre celles qui ne sont pas autour de la table ».

Concernant le Rana Plaza, sur 29 marques invitées, seules 9 étaient présentes : Bon Marché, Camaïeu, El Corte Ingles, Kik, Loblaw, Mascot, Matalan, Primark, Store Twenty One. Les autres entreprises concernées Adler, Auchan, Benetton, C&A, Carrefour, Cato Corp, The Children’s Place, Dressbarn, Essenza, Gueldenpfennig, Iconix Brand, Inditex, JC Penney, Kids Fashion Group, LPP, Mango, Manifattura Corona, NKD, Premier Clothing, PWT Group, Texman and Walmart n’ont pas fait le déplacement.

Au cours des réunions, IndustriALL, la Clean Clothes Campaign (CCC) – représentée en France par le Collectif Ethique sur l’étiquette – et le Workers Rights Consortium (WRC) ont présenté un modèle d’indemnisation utilisé dans de précédents cas au Bangladesh. Ce dernier prend en compte les dommages et intérêts pour préjudice moral et les pertes de revenus. Pour le Rana Plaza, 74 571 101 dollars seraient nécessaires pour une indemnisation complète des travailleurs et travailleuses dont 33 556 996 dollars demandés aux entreprises donneuses d’ordre. Pour Tazreen, l’indemnisation totale est estimée à 6 442 000 dollars, dont 2 899 000 demandés aux entreprises.

Les experts internationaux ont souligné l’importance d’établir un fond d’indemnisation géré par un comité multi-acteurs, créé avec l’accord de toutes les parties prenantes. Malheureusement, les enseignes présentes, même si elles sont prêtes à continuer cette discussion, n’ont pas pu se mettre d’accord sur cet aspect.

IndustriALL, la CCC and le WRC soutiennent la création d’un fond d’indemnisation et exhortent les parties prenantes à travailler ensemble à sa mise en place le plus rapidement possible.

La déception pour les victimes et leur famille qui attendent toujours leur indemnisation sera immense. Après deux journées de réunions, les entreprises se sont seulement engagées à :

1. se réunir à nouveau dans les deux semaines à venir pour partager des informations et des outils et réfléchir aux prochaines étapes

2. contribuer financièrement à un fond d’indemnisation qui reste encore à créer pour apporter une assistance aux personnes blessées et aux familles des victimes et faire avancer le processus pour mettre en place rapidement ce fond d’indemnisation. Un comité de coordination a été créé en ce sens.

3. continuer à travailler de façon coordonnée, en se basant sur l’aide d’urgence déjà versée par le distributeur britannique Primark qui a mis à disposition son infrastructure bancaire au Bangladesh pour recevoir tout autre aide d’urgence.

Immédiatement après la réunion, Primark s’est engagé à verser en urgence trois mois de salaire supplémentaires à toutes les familles affectées. Malheureusement, aucune autre marque ne s’est engagée à faire de même.

ZM Kamrul Anam d’IndustriALL au Bangladesh appelle les marques à agir rapidement : « Nous apprécions le geste de Primark. Mais à mon retour au Bangladesh, on va me demander ce qui a été décidé ici. Les familles ont besoin de nourriture, de médicaments, de logement. Mettre en place un mécanisme complet et durable peut prendre du temps, mais une aide d’urgence plus importante doit être versée maintenant. »

Lors de la réunion concernant le cas Tazreen, C&A a présenté son importante initiative d’indemnisation et a fait preuve d’un engagement ferme à trouver une solution définitive. L’enseigne Karl Rieker a également montré son engagement à contribuer. Les marques suivantes ne s’y sont pas rendues : Delta Apparel, Dickies, Disney, El Corte Inglés, Edinburgh Woolen Mill, Kik, Li & Fung, Piazza Italia, Sean John, Sears, Teddy Smith, and Walmart.

Monika Kemperle, d’IndustriALL a déclaré : « Le mépris des marques à l’égard des victimes dont les vies ont été brisées par des drames qui auraient pourtant pu être évités est extrêmement choquant. Il y a eu beaucoup de promesses vides et de mensonges depuis ces drames ; tout cela pour que les multinationales occidentales puissent éviter de payer un montant pourtant minime comparativement à leur chiffre d’affaire. »

Le Secrétaire Général de la Fédération syndicale internationale UNI, Philip Jennings a en particulier noté l’absence du géant Walmart, la plus grande enseigne de distribution du monde et l’un des principaux acheteurs au Bangladesh. « Une fois de plus, Walmart a manqué à son devoir envers les travailleurs et les travailleuses qui produisent les millions de vêtements vendus partout dans le monde et lui permettent d’engranger d’énormes profits. »

Vanessa Gautier, de Peuples Solidaires et du Collectif Éthique sur l’étiquette a expliqué que « la CCC, et son représentant français le Collectif Éthique sur l’étiquette, continueront à faire pression sur les marques qui ne sont pas engagées dans le processus de négociation de façon active et qui n’ont pas accepté de verser les montants d’indemnisation auxquels les victimes et leur famille ont pourtant droit”.

Contacts presse
Vanessa Gautier, Peuples Solidaires pour le Collectif Éthique sur l’étiquette
01 48 58 21 85 ou 06 30 72 60 70, v.gautier@peuples-solidaires.org

Nayla Ajaltouni, Collectif Éthique sur l’étiquette
n.ajaltouni@ethique-sur-etiquette.org, 01 42 03 82 25