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Des
droits bafoués
"Ce que
j'attends n'a rien d'exceptionnel, je souhaiterais juste que les travailleurs
de tous les pays connaissent leurs droits. Connaître nos droits
de travailleurs est un moyen de respecter notre dignité d'être
humain."
Emelia Yanti, ouvrière indonésienne.
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Des
droits bafoués dans l'industrie du sport
Violations
des droits et responsabilités dans les ateliers et usines
de vêtements et chaussures de sport
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Entre effet de mode
et valeurs éthiques
93% des Français consomment des articles de sport, mais seulement
un tiers est utilisé pour la pratique effective d'un sport. Ils y
consacraient en 2002 un budget moyen de 353 euros par ménage, soit
le plus gros budget d'Europe. Ce phénomène de mode représente
un marché de 8,2 milliards d'euros, avec une croissance de 3,4%,
supérieure à l'évolution du commerce de détail
(FPS, 2002). En France, la majorité des vêtements et chaussures
de sport sont vendus dans des enseignes spécialistes du secteur,
dont le leader est Décathlon, suivi de Go Sport puis Intersport.
Mais ce secteur
a une particularité dans l'esprit des consommateurs. Véritable
phénomène de mode, entre confort et luxe, les marques et distributeurs
de "sportswear" tiennent à leur image. Une telle consommation
explique peut-être que les Français se montrent particulièrement
exigeants dans ces articles. En effet, trois consommateurs sur quatre jugent
essentiel ou très important l'engagement des marques et enseignes
de la distribution en faveur d'articles de sport fabriqués dans le
respect de la personne humaine (Cetelem 2002).
Que ce soit sur les
chaînes d'usines flambant neuves ou dans des ateliers plus ou moins
clandestins, la production de vêtements et chaussures de sport nécessite
une forte densité de main d'uvre, disponible et peu qualifiée.
C'est pourquoi cette production est localisée dans les pays à
bas salaires, un peu partout dans le monde.
Que les articles de
sport soient fabriqués de manière artisanale dans de petits
ateliers,
ou sur les grandes chaînes d'assemblage d'usines flambant neuves,
selon le type de produit, les conditions de travail de ceux qui les confectionnent
sont très souvent alarmantes. Des témoignages rapportent
des cas de violations de chacun de ces droits, violations
qui constituent fondamentalement des atteintes à la dignité
humaine. Quelques exemples.
Des filières
commerciales complexes...
Les filières commerciales concernant les articles de sport sont
très ramifiées et mondialisées. De plus en plus,
les marques et enseignes de la distribution externalisent leurs productions...
et parfois même la conception des modèles. Les conditions
de travail abusives sont en grande partie dues à ce phénomène
de sous-traitance. Les donneurs d'ordre exercent une pression sur leurs
fournisseurs qui conduisent ces derniers à faire fi des droits
de l'homme au travail.
En incluant des clauses de pénalités retard dans les contrats,
en imposant des délais de livraison toujours plus courts, des prix
toujours plus bas, accompagnés de standards de qualité sévères,
ils obligent les ouvriers à faire un nombre d'heures de travail
inacceptable pour un salaire indécent. De plus, les fluctuations
des commandes étant souvent imprévisibles, la main d'uvre
est condamnée à s'adapter constamment à une très
grande flexibilité de la masse de travail.
Les termes des contrats de travail (quand ils existent !) sont souvent
injustes et respectent rarement la loi ! D'où des emplois précaires,
ce qui accentue la vulnérabilité des ouvriers et entraîne
des situations d'exploitation. Il manque généralement une
protection minimum des travailleurs quant à l'application des lois
sur les salaires, les heures de travail et les normes de sécurité
: journées de 18 heures, heures supplémentaires obligatoires
mais non rémunérées... sont monnaie courante. Selon
un schéma classique, les périodes de production intenses
alternent avec des situations de sur-effectif qui conduisent à
des licenciements massifs. De plus, les ouvriers et leurs familles sont
généralement exclus des systèmes de protection sociale.
Des rythmes de
travail inhumains
"Je ne pouvais
pas prendre de pause, aller aux toilettes étant interdit, et
mon superviseur m'aurait passé un savon s'il m'avait trouvé
assise pour quelques minutes, sur les 10 heures où je travaillais
debout [...]
Pour l'entreprise, il n'y avait que le quota de production qui comptait.
Si un ouvrier n'atteignait pas son quota, la direction menaçait
de le renvoyer ou de lui faire faire des heures supplémentaires
non rémunérées. Cela m'arrivait régulièrement
de travailler de 7 heures du matin jusqu'à 6 heures le matin
suivant, surtout quand l'entreprise devait respecter des délais
pour l'exportation. Peu importait que plusieurs travailleurs soient
malades, l'entreprise ne voulait pas en entendre parler."
Emelia Yanti, ouvrière indonésienne.
Répression
anti-syndicale
En octobre 2003, le Collectif était alerté d'un cas de répression
syndicale, identifié dans l'une des trois usines indonésiennes
de la société Busana Prima Global, fournissant entre autres
la marque Le Coq Sportif.
La direction d'une de ces usines, après avoir permis la création
d'un syndicat libre, a utilisé toutes les
méthodes pour décourager les syndicalistes : isolement des
responsables dans l'usine, multiplication des contrôles divers,
pratique des baisses de salaire ciblées sur les militants les plus
repérés, et mise à pied sans motif explicite de deux
responsables du nouveau syndicat, en vue de leur licenciement. S'en suit
la grève de 300 ouvriers, qui sont également isolés
de leurs collègues par des cordons de policiers. Malgré
une médiation du Ministère du travail et l'engagement de
la direction de ne pas prendre de mesure de rétorsion, 166 ouvriers
sont licenciés.
Voir l'appel urgent
n°265 de Réseau Solidarité : www.globenet.org/reseau-solidarite
Responsable, mais
pas coupable !?
Cet appel ne semble pourtant pas avoir été beaucoup entendu
! Les enseignes de la distribution ne reconnaissent que du bout des lèvres
les situations d'exploitation des ouvriers, et s'empressent d'en reporter
la responsabilité sur leurs fournisseurs ou sur les législations
des pays producteurs !
Face à la pression, la plupart des entreprises du sport ont réagi
(adoption d'un code de conduite, réalisation d'audits sociaux...)
mais les démarches devant conduire à l'amélioration
de conditions de travail sont encore trop rares, le plus souvent superficielles
et unilatérales. Dans le domaine du sport, les trois grandes marques
les plus connues sont aussi celles qui sont allées le plus loin
dans le management de la qualité sociale... car ce sont celles
qui subissent depuis longtemps une pression continue de la part des consommateurs.
Ainsi, Nike, Adidas et Reebok ont été poussés à
développer un programme d'actions correctives chez certains fournisseurs
communs. Par exemple, un projet s'est démarqué par l'implication
directe des ONG et syndicats de Hong-Kong, ainsi que des sous-traitants
chinois. Mais ce type d'action est loin de se généraliser,
notamment en France où les donneurs d'ordre de la grande distribution
ne souhaitent pas s'engager dans de tels programmes !

Des
droits bafoués dans l'industrie du jouet
Des enquêtes
ont été réalisées dans des usines de jouets,
notamment en Asie du Sud-est.
Informations tirées du livre " Des jouets fabriqués
dans la douleur " édité par Réseau
Solidarité
Des rémunérations
lamentables
La plupart
des travailleurs, en majorité des femmes, sont payés à
la pièce. Leur salaire moyen varie entre 430 et 600 Frs par mois.
Ils incluent le salaire journalier, les heures supplémentaires,
les primes de respect de quota, les primes pour le travail de nuit
De ce salaire, on doit déduire les amendes, les repas, le logement,
les médicaments
Ce qui reste à la fin du mois permet
à peine de vivre !
Témoignage
de Madame Cheung :
"
Je suis mariée et j'ai une fille de deux ans qui est restée
avec ma mère au village. Mon mari s'occupe d'une petite boutique
qui vend des snacks. Nous vivons là ensemble. Je travaille chez
Jifu depuis quatre ans . Ici il n'y a pas de congés de maternité.
La plupart du temps la femme qui est enceinte démissionne. Si
elle fait partie de l'encadrement, elle a droit à un congé
de maternité de un mois avec salaire de base. Je reçois
mon salaire chaque mois avec une fiche de paie. En général
il arrive avec quinze jours de retard. Et en plus on vous retient un
mois de salaire en guise de caution. Certains disent que les hommes
qui travaillent dans la section de modelage doivent verser entre 200
et 300 yuan comme " droit d'entrée " au responsable
de la section pour être admis là.
Cette année j'ai entendu dire que deux manutentionnaires avaient
dû payer une amende de 200 yuan avant d'être renvoyés,
tout simplement parce qu'ils avaient déclenché accidentellement
le système d'alarme pendant qu'ils chargeaient des marchandises.
"
Dongguan Jifu
Toys Factory (ancienne filiale de Mattel)
Produits :
jouets Tyco et Fischer Price - Chine : province de Guangdong
Heures
supplémentaires de travail à la pièce
La réglementation
chinoise prévoit que le salaire ne doit pas dépasser 8 heures
par jour ou 44 heures par semaine. Dans les usines de jouets, la journée
normale est effectivement de 8 heures. Mais les quotas de pièces
à réaliser par heure sont tellement importants que la plupart
des travailleurs sont contraints de travailler entre 10 et 16 heures par
jour, 6 ou 7 jours par semaine ! Comme la majorité des ouvriers
sont payés à la pièce, il ne reçoivent jamais
de rémunération pour heures supplémentaires.
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Témoignage
d'une ouvrière de l'usine Tri-S :
"
Je suis partie il y a trois jours parce que je ne pouvais plus
supporter ces bas salaires. Ce mois-ci, j'ai touché seulement
350 yuan, surtout à cause du système des quotas.
Chaque jour un groupe d'ouvrières reçoit un quota
qui doit impérativement être atteint. Mais le personnel
change tellement souvent à Tri-S qu'il faut embaucher beaucoup
de nouvelles. La direction les place parmi les ouvrières
expérimentées. Comme les nouvelles font les choses
plus lentement, le groupe ne peut terminer son quota même
si les ouvrières expérimentées accélèrent
le rythme. Et en plus, la rémunération à
la pièce est en train de baisser. Je gagne de moins en
moins. "
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Conditions de sécurité et d'hygiène déplorables
Dans
bien des cas, la santé et la sécurité des travailleuses
est en danger. Beaucoup se sont plaintes de l'existence d'odeurs
fortes et nocives dans les ateliers où l'on pulvérise
des peintures. Les problèmes respiratoires sont fréquents.
La direction interdit l'utilisation des ventilateurs en cas de pluie
(afin d'éviter une altération des couleurs des produits),
la chaleur devient vite étouffante et provoque des évanouissements
!
Atteintes
aux libertés syndicales
En Chine, les travailleurs n'ont pas le droit d'établir
un syndicat libre qui soit l'émanation de leur propre volonté.
L'Etat ne reconnaît qu'un seul syndicat : la Fédération
des syndicats de Chine (ACFTU) qui est soumise à l'autorité
de l'État. Celle-ci suit la ligne du parti plus qu'elle ne
défend les droits des travailleurs. Les grévistes,
quant à eux, sont souvent licenciés et leurs salaires
retenus.
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Enfants
au travail ?
En
Chine, le travail en dessous de 16 ans est interdit. Dans les usines,
les cas d'enfants travailleurs sont plutôt rares. En général
la présence d'enfants au travail est plus visible dans les
entreprises des villes et des villages proches des campagnes que
dans les établissements situés dans les grandes agglomérations.
Le travail des enfants n'est pas fréquent dans l'industrie
chinoise mais il est bien souvent difficile de vérifier l'âge
des travailleurs !

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