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Une responsabilité pour les entreprises

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Techniquement, la « traçabilité » est possible et les entreprises peuvent disposer d’informations sociales le long de leurs filières d’approvisionnement. Aujourd'hui, des entreprises procèdent à des contrôles des pratiques de certains de leurs sous-traitants et fournisseurs. Pourtant, une responsabilité sociale globale pleinement assumée reste à construire.


Face à la pression exercée par le collectif De l’éthique sur l’étiquette et par les nombreux mouvements qui, à travers le monde, agissent en faveur d’un meilleur respect des droits de l’homme au travail, certaines entreprises françaises et internationales présentes sur le marché français réagissent peu à peu. Elles l’ont fait d’abord en effectuant des contrôles des conditions de travail sur des sites jugés à risque.

L’adoption par les entreprises de codes de conduite s’est aujourd’hui banalisée. Ces documents qui correspondaient à une attente du Collectif lors de sa création, pourraient souvent être améliorés. Un code de conduite en retrait par rapport au droit international ou à la réglementation publique en vigueur n’est pas un outil de progrès social.

L’expérience a démontré que, de leur conception à leur mise en œuvre, de tels documents souffrent de leur caractère unilatéral. Ils ont rarement l’effet des outils issus de la négociation sociale comme, par exemple, les accords cadres signés au niveau international avec les organisations syndicales.

Ces engagements n’ont pas de sens s’ils ne se traduisent pas dans les pratiques des entreprises. Grâce à son réseau international, à celui de ses membres et à ses partenaires, le Collectif dispose au niveau global d’une large expertise en la matière qui lui permet de les évaluer à la lumière tant des attentes des travailleurs concernés que de l’expérience des autres entreprises internationales.

Par exemple, nos informations sur les audits sociaux, des outils de management nés de l’adaptation au terrain social d’un mécanisme conçu pour le contrôle qualité, nous conduisent souvent à nous interroger sur la pertinence de leurs conclusions. De tels audits sont rarement inopinés. Lors des interviews, la liberté d’expression des salariés n’est généralement pas garantie, ceux-ci pouvant craindre pour leur emploi. En outre, à la différence de l’employeur, les travailleurs ont rarement accès aux rapports d’audit et ne sont pas invités à adresser des commentaires voire des rectificatifs.

Après l’audit, certaines entreprises demandent à leurs fournisseurs de mettre en place des actions correctives pour faire progresser les conditions de travail. C’est, bien sûr, une évolution positive. Pourtant, là encore, ce serait, selon nous, une erreur pour une entreprise de ne pas inscrire ces démarches dans le cadre d’un dialogue plus large avec toutes les parties concernées, syndicats et ONG compris, en France, comme dans les zones de production.

Enfin, alors que certaines entreprises imposent à leurs sous-traitants et fournisseurs de respecter les droits qui figurent dans leur code, aucune, à notre connaissance ne modifie réellement ses propres pratiques d’achat vis-à-vis de ces derniers. Comment les sous-traitants et fournisseurs pourraient-ils réellement améliorer les conditions de travail lorsque que leurs clients exigent la livraison de leurs commandes dans des délais toujours plus courts et à des prix toujours plus bas ?

La responsabilité sociale des entreprises dans une économie mondiale

« La base de la responsabilité des entreprises est constituée par la législation, la réglementation et les accords qui portent sur la conduite de l’entreprise à l’égard du reste de la société. Le but de l’entreprise (la création de richesses) ne peut s’affranchir ni se dissocier de la législation régissant son activité, dont l’objectif fondamental est de satisfaire les besoins individuels et collectifs des sociétés. (...) Outre la réglementation et la gouvernance des entreprises, l’instrument le plus important pour accroître l’incidence sociale positive des milieux d’affaires est la négociation collective. Les activités commerciales internationales et l'organisation changeante du commerce posent des défis spécifiques à l'exercice effectif du droit de se syndiquer et de négocier collectivement. (...) Le recours croissant à la sous-traitance et la longueur et la complexité des chaînes d'approvisionnement qui en résultent (...) augmentent le pouvoir des entreprises de dicter les conditions dans lesquelles le travail est effectué, tout en leur permettant de fuir leurs responsabilités envers ceux qui accomplissent le travail et envers les communautés, les sociétés et l’environnement dans lesquelles vivent les travailleurs. » (CISL - Confédération internationales des Syndicats Libres - Décembre 2004).

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A responsibility for the companies

Technically, the traceability is possible and companies can collect social information throughout their supply chains. Today, companies carry out monitoring of the practices of some of their subcontractors and suppliers. However, a total social responsibility fully assumed remains to be built.

Following years of pressure from De l’éthique sur l’étiquette and other organisations acting throughout the world for a better respect of labour rights, some of the French and international companies present on the French market have responded. They initially did it by carrying out controls of the working conditions on "risky sites".

The adoption by the companies of codes of conduct has become common practice. These documents, however, could often be improved. A code of conduct referring to lower standards than international law or the public regulation, is not a tool toward social progress.

Such documents also suffer from their unilateral nature, from their design to their implementation: seldom do they have the effect and the duration of the tools resulting from the social negotiation like, for example, the framework agreements signed at the international level with the trade-union organizations.

Such engagements do not have an impact if they are not translated in the practices of the companies. With its international network, that of its members and its partners, the Coalition has a broad expertise on the matter which enables it to evaluate them with regard to workers’s expectations and experiments in other international companies.

For example, information gathered on social audits often leads us to question the relevance of their conclusions. Such audits are seldom unannounced. At the time of the interviews, the freedom of expression of workers is generally not guaranteed, and fear for their work is a concern. Moreover, the workers generally do not have access to the audit reports and are not invited to address comments or corrections.

After the audit, some companies require that their suppliers take corrective actions to improve working conditions. Of course, it's a positive evolution. However, it would be an error for a company not to consider also the importance of a broader dialogue with all the stakeholders concerned, trade unions and ONG included, in France as well as in the production zones.

Some companies request from their subcontractors and suppliers that they respect the rights which appear in their code, but they don't modify their own purchasing practices with the same subcontractors and suppliers. How could subcontractors and suppliers really improve the working conditions when their customers require delivery of their orders within increasingly shorter timeframes and at prices always lower ?

The social responsibilities of business in a global economy

"The foundation of corporate accountability is law, regulation and agreements that address the behaviour of the corporation with respect to the rest of society. The purpose of the corporation - the creation of wealth - cannot be separated from the laws regulating its activity, which have the purpose of meeting the individual and collective needs of society. (...) In addition to regulation and corporate governance, the most important instrument to increase the positive social impact of business is collective bargaining. International business activity and the changing organisation of business pose particular challenges to effective exercise of the right to organise and to collective bargaining. (...) The growth of subcontracting and resultant long and complex supply chains, (...) increase the power of companies to dictate the conditions under which work is undertaken, while allowing them to evade their responsibilities to those who do the work and to the communities, societies and environment in which the workers live." (ICFTU - International Confederation of Free Trade Unions - December 2004).

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